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Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. (Lc 3,4)
2ème Dimanche de l’avent
samedi 5 décembre 2009
par Père Boutros Khalil

Chers frères et sœurs !

C’est à travers Jean Baptiste que Luc fait entrer Jésus dans l’histoire et aussi dans le monde contemporain qui est surtout celui de l’empire romain. Tibère est l’empereur romain, c’est-à-dire le maître du monde méditerranéen. On est en l’an 782 de la fondation de Rome, l’an 26 de notre ère. Jean le baptiste débute sa prédication à la quinzième année du règne de Tibère. En cette période où le peuple de Dieu est sous l’occupation de la Rome païenne, est-il possible que le règne de Dieu puisse s’établir à nouveau ? La mission de Jean va susciter l’espérance de la proche venue du Messie celui qui doit redonner à Israël la liberté et la paix.

Chers frères et sœurs !

Jean Baptiste parcourut toute la région du Jourdain, pas très loin de Jérusalem, et proclamait un baptême de conversion. Les gens confessaient leurs péchés et, en signe de conversion, se plongeaient dans l’eau purificatrice. Mais ce baptême et cette conversion prenaient, chez Jean, une signification particulière : ils devaient préparer le chemin du Seigneur, aplanir sa route. Car Jean proclamait le Messie tout proche. Que signifie ce baptême de conversion ?

Le mot conversion convient bien si on le comprend dans le sens du mot latin conversio qui signifie retournement. Jean demande ici de changer de conduite et d’avoir un comportement qui traduit une vraie conversion. Ce retournement vers Dieu, ce changement de mentalité va se signifier par la réception d’un baptême d’eau. Ce geste extérieur doit être la traduction d’un changement intérieur. La nouveauté avec Jean, c’est que le baptême est offert à tous et qu’il ne se pratique qu’une seule fois comme étant l’ultime préparation au Jour du Jugement. Ce baptême de Jean n’est pas encore le baptême que donnera le Messie. La mission de Jean est d’ouvrir la voie qui conduit au messie. Le messie donnera le pardon en transmettant la force de l’Esprit de Dieu. C’est l’Esprit qui pardonnera réellement en guérissant les coeurs, en mettant en chacun la force de l’amour divin.

Que penser de l’expression « en vue du pardon des péchés » ? Quel sens donnons-nous au mot « péché » ? N’est-ce pas de se détourner de Dieu et se refermer sur nous-même, au lieu de s’ouvrir à Celui qui est source de l’amour ? Refuser Dieu, c’est refuser de puiser à la source de l’amour et nous refermer dans notre suffisance. Un tel repliement engendre l’angoisse, la détresse. Dieu, Lui, ne se lasse jamais de venir vers nous pour nous accueillir quand nous revenons vers Lui.

Ce temps de l’Avent n’est-il pas une occasion pour découvrir que nous sommes dignes d’être pardonnés parce que dignes d’être aimés de Dieu ? Ce sentiment d’être aimés est la condition nécessaire pour vivre le pardon, pour expérimenter le pardon comme ce qui me guérit du manque d’amour qui m’empêche de vivre pleinement.

Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu. André CHOURAQUI rappelle le sens symbolique que les commentaires juifs ont donné à ces expressions imagées : le val (ravin) représenterait les pauvres, ceux qui sont au bas de l’échelle sociale, les montagnes, les collines, sont ceux qui les dominent ; le tortueux, c’est le pouvoir qui oppresse Israël ; les escarpements (chemins rocailleux), sont les obstacles qui se dressent sur la voie qui mène au Seigneur-Dieu (cf. Évangile selon Luc, Lattès, p. 91).

Aujourd’hui, tous ces symboles de pauvreté, d’oppression et de pouvoir existent malheureusement encore. Ce message de Jean Baptiste nous rejoint dans l’époque troublée et souvent douloureuse qui est la nôtre. Il nous renvoie tout simplement à notre vie. Ces montagnes qu’il nous faut aplanir, ce sont celles de la bêtise humaine, celles de la violence, de la rancune tenace qui dure des mois et des années, c’est l’orgueil qui nous replie sur nous-mêmes. Les fossés qu’il nous faut combler ce sont ceux de notre indifférence, notre refus de nous engager. Les routes à redresser, ce sont celles de notre conscience souvent tordue. Cette conversion de nous-mêmes est absolument nécessaire si nous voulons accueillir le Salut de Dieu.

« Préparez les chemins du Seigneur… ». Construire une route cela représente des travaux importants. Pour mener à bien ce chantier, on utilise de gros engins, des tractopelles, des bulldozers, des camions. C’est à ce prix que les populations pourront circuler plus facilement d’une ville à l’autre. Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous avons à préparer les chemins du Seigneur dans notre vie, notre paroisse, notre monde. Pour y parvenir, un grand déblayage s’impose. Et notre bulldozer ce sera la prière. C’est elle qui nous ouvre à Dieu et aux autres. C’est par la prière que nous parviendrons à nous ajuster à ce Dieu qui est amour. Préparer les chemins du Seigneur c’est nous rendre disponibles à sa venue. C’est nous engager activement au sein de la communauté paroissiale pour qu’elle devienne plus vivante, plus ouverte et plus accueillante. Là aussi, nous avons tous des collines à rabaisser et des fossés à combler. Ce travail de préparation et cet engagement personnel de chacun sont absolument indispensables. L’enjeu est de la plus haute importance. Il s’agit pour nous d’accueillir le Seigneur qui vient et de faire en sorte que tout homme voie le salut de Dieu.

Chers frères et sœurs !

Aujourd’hui comme hier, la communauté —que le Messie Jésus veut rassembler— est une assemblée d’êtres qui doivent être en continuel chemin de conversion, d’êtres sans cesse renouvelés parce qu’ils se laissent prendre par l’Esprit divin, inspirer par son amour.Nous, disciples de Jésus, nous sommes appelés à préparer le chemin de Dieu, là où nous vivons... et pour aujourd’hui. Souffle de l’Esprit, convertis-moi aujourd’hui et fais-moi vivre la justice de la miséricorde du Père. Que ton pardon d’amour revienne en moi tous les jours hanter mes enfers, transformer mes colères pour que je témoigne de la bonté qui sauve nos vies. Amen !

N.B. André CHOURAQUI est l’homme qui a passé vingt ans de sa vie à traduire la Bible juive et chrétienne ainsi que le Coran.


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