Paroisse de
    Claye Souilly

 
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COMMENT PEUT-ON CROIRE AUJOURD’HUI ?
dimanche 4 novembre 2007

La question n’est pas simple. Essayons pourtant de mettre en lumière quelques attitudes spirituelles qui peuvent nous aider à vivre notre foi. En tenant compte de l’évolution du contexte religieux dans lequel nous vivons.

Comment, en quelques mots, dresser un tableau du contexte dans lequel se situe la proposition de la foi aujourd’hui ? L’acte de croire se vit dans une recherche de sources nouvelles. Si la religion organisée a perdu du terrain, le « croire » en dehors du cadre des institutions est loin d’avoir dit son dernier mot. De plus, la recherche croyante est sensible à l’émotion. Les gens veulent un Dieu proche du cœur et du corps. Enfin l’acte de croire se situe aujourd’hui dans une quête d’identité. Face au foisonnement de propositions des sens, face aux questions que pose l’installation de l’Islam en France, beaucoup s’interrogent : à quoi est-ce que je crois ? Quelles sont les valeurs qui m’ont façonné ? Quelles sont mes appartenances, mes fidélités ?. Ce sont des questions importantes parce que l’identité religieuse donne des racines, inscrit dans une histoire et permet d’accéder à un groupe. Devant un tel constat, que faire, que vivre, quels chemins proposer ?

L’aventure d’un décentrement. Face à la recherche de sens, d’un équilibre, d’une harmonie personnelle de beaucoup de nos contemporains, tout l’enjeu pour les Chrétiens est de manifester par leur existence, par l’équilibre de leur vie, que le bonheur vient d’un décentrement, d’une sortie de soi, d’une « conversion » au sens premier du terme. Nous tournons notre regard vers un autre que nous. Croire, ce n’est pas savoir, ce n’est pas une affaire de technique ni de connaissance, encore moins de gnose pour initiés. C’est une affaire de relation. Il ne s’agit donc pas de tout savoir sur Dieu pour vivre en Chrétien. Comme pour toute relation et encore plus puisqu’il s’agit de la relation à Dieu, la part de mystère de l’Autre ne peut être enfermé dans un savoir. L’Autre se laisse découvrir peu à peu, quand on prend le temps de le rencontrer et de vivre avec lui. Nous ne pouvons pas donner la foi aux autres. Mais nous pouvons laisser deviner ce qui nous fait vivre et favoriser les conditions de la rencontre. Comme aimait à le dire le frère Roger de Taizé : « Ne parle de Jésus que si on te le demande, mais vis de tel manière qu’on de le demande » . Ainsi présenté, l’exigence de vie est forte. Mais elle indique en creux que ce n’est pas à la force des poignets que l’on peut croire et faire croire. C’est en se remettant à celui qui nous fait croire. Ce qui est au cœur de la foi, c’est bien de croire à la mort et à la résurrection du christ et à ses effets dans notre vie et dans le monde. Devenir Chrétien, c’est reconnaître que l’on est sujet d’un amour qui nous dépasse et dont nous sommes appelé à vivre. C’est affirmer qu’en choisissant le Christ, nous allons vers la vie, quoi que l’existence nous réserve.

Le juste rapport au religieux. L’un des enjeux de notre époque est de trouver le juste rapport au religieux. Car plusieurs risques se présentent. Le premier est celui du cloisonnement. Avec, d’un côté, le travail, les responsabilités, les engagements, le sérieux des exigences, les négociations et compromis, les questions délicates, peut-être les ambiguïtés morales avec les lesquelles on s’arrange et de l’autre côté, Dieu, la foi, nos convictions, la pratique religieuse qu’on cantonnerait à un moment bien délimité de la semaine. Pas de communication entre les deux domaines, comme si celui des convictions religieuses n’avait rien à dire, rien à voir avec notre vie réelle. Comme si Dieu ne se trouvait que dans le domaine du religieux à proprement parler. Le second risque est une variante du premier. Le monde fait peur, le monde est mauvais et l’on peut être tenté de fuir dans un spirituel désincarné, où ce qui importe est la relation intime, personnelle avec Dieu, surtout si elle fait du bien, si elle apaise, si l’affectivité spirituelle est honorée. Certes, il est légitime de souhaiter éprouver l’amour de Dieu et sa présence réconfortante. A condition que ce ne soit pas une fuite de notre condition humaine. L’existence Chrétienne, c’est l’existence humaine, toute l’existence humaine. Et l’expérience de Dieu nous renvoie sans cesse aux autres. Le troisième risque, c’est la « tentation du sacré ». Il y a sans cesse l tentation de remettre Dieu à distance, loin de nous, mystérieux un peu inaccessible. Or il ne faut pas oublier que le Dieu Chrétien est précisément un Dieu qui s’est fait proche. Par l’incarnation du fils, il a inversé les images et les représentations idolâtriques que nous nous faisions de Lui, celle d’un Dieu lointain hors de l’histoire, qui gouvernerait et jugerait le monde et nous attraperait au détour de nos limites et de nos fautes. Un Dieu qui demanderait sans cesse des sacrifices et une totale soumission. Nous sommes souvent tentés de remettre Dieu à cette place, confondant le sacré avec une mise à distance qui nous arrange : « chacun chez soi ! ». On vient faire allégeance à Dieu en espérant qu’il ne s’occupe pas trop de nous, en craignant qu’il nous demande quelque chose. La vie Chrétienne, c’est autre chose. La relation avec Dieu, comme toute relation, suppose la juste distance qui permet l’existence sans confusion, sans soumission. Il ne s’agit pas pour Dieu de soumettre l’homme, il ne doit pas davantage s’agir pour l’homme de vouloir instrumentaliser Dieu. Dieu espère notre liberté responsable en face de la sienne, une liberté qui se manifeste dans le choix radical et définitif d’aimer. C’est cela qui est sacré. Il s’agit donc de trouver Dieu en toutes choses. Cela passe par les choses les plus simples de notre existence. Toute notre vie peut être l’occasion de rencontrer Dieu, de le suivre et de le servir, Il n’y a pas ou il ne devrait y avoir entre la vie ordinaire et la vie spirituelle ; C’est dans cette existence humaine que Dieu parle et qu’il nous faut le trouver. Nous sommes renvoyés aux choix que nous avons à poser dans notre vie affective, professionnelle, sociale : comment vivre telle situation de conflit ? Comment concilier ma foi et ma carrière ? Puis-je pardonner à cette personne ? A quoi donner la priorité dans ma vie ? Que faire de l’injustice qui est devant moi ? Qu’est-ce que je construis dans ma vie de couple ? etc…

Une vie partagée Nous ne pouvons vivre notre foi indépendamment des autres. Que vivre avec tous ceux qui ne partagent pas notre foi ? Comme l’écrivait il y a quelques années le P Michel Rondet, théologien, nous sommes trop souvent, peut-être, tentés de proposer des réponses là où on nous demande des chemins : « Ceux qui d’horizons très divers, se mettent en marche, au souffle de l’esprit, n’attendent pas, en fait, que nous leur offrions la sécurité d’un port bien abrité. Ce qu’ils espèrent, c’est un compagnonnage de recherche et de disponibilité, pas un élagage de certitudes. Ceux qu’ils aimeraient rencontrer, eh bien, ce sont des mages dans leur marche à l’étoile, pas des scribes de Jérusalem qui, eux, savent. Or trop souvent, les Eglises d’Occident ont pour ces gens en recherche, le visage des scribes de Jérusalem. Trop préoccupés des vérités à transmettre et des réponses à donner, nous sommes sans doute trop peu sensibles à l’attente de ceux qui ne nous demandent pas encore ce qu’il faut croire, mais ce que c’est que croire. Nous partons souvent d’une tradition à transmettre, alors qu’il faudrait accompagner une naissance » Il nous faudrait sans doute plutôt nous mettre en chemin avec ceux auprès desquels nous sommes envoyés, vivre avec eux sur ce chemin comme le Christ avec ses disciples en route vers Emmaüs, que de vouloir les enseigner trop vite. Il s’agit de redécouvrir « qu’avant d’être des vérités à croire, les mystères Chrétiens sont d’abord des expériences à vivre » Nous nous trouvons sur un fil où nous avons à trouver l’équilibre entre d’une part l’indispensable annonce de l’Evangile et d’autre part l’intelligence des situations, en nous intéressant à ce que vivent les autres, en partageant un peu ce qui fait leur existence, sans chercher à les ramener à soi. Pas d’impatience donc, ou de désespérance. Il faut avancer au pas de Dieu, en consentant à ne pas savoir toujours très clairement ce qu’il faut faire dans tous les domaines pastoraux, sans vouloir de réponses immédiates, en continuant à chercher, inventer ….vivre ! Nous sommes devant une sorte de paradoxe : à la foi le monde semble, à bien des égards, avoir oublié Dieu « on se passe très bien de lui » et en même temps, ce monde est en attente, il a un besoin extraordinaire qu’on lui parle, qu’on lui dise une parole qui fasse sens, en partant des attentes les plus existentielles de chacun : quel sens à ma vie ? Est-il possible d’aimer vraiment ? Comment trouver ma place dans cette société, dans ce monde ? Est-ce que ma vie peut porter du fruit ? Le Christianisme invite à faire confiance qui peut combler en vérités nos attentes les plus profondes.

François BOËDEC. Jésuite ( Croire Aujourd’hui n° 234 )


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